Mémoires rebelles au village d'Art-Rock le dimanche 8 Juin 2025

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About: 
Mémoires rebelles au village d'Art-Rock le dimanche 8 Juin 2025
Artist: 
MEMOIRES REBELLES
Date: 
08/06/2025
Venue: 
Village d'Art Rock
Place: 
SAINT-BRIEUC
Your Reporter on the Spot: 
NOPO

Mémoires rebelles au village d'Art-Rock le dimanche 8 Juin 2025

Jean-Mathias Petri lance sa troupe de rebelles en Mars 2023 à Lannion lors de la célébration du festival « Wattstax 72 » (Stax était l'un des labels phares de la musique soul) en compagnie de l’écrivain Guy Darol. 
L'idée? Une lutte anti-racisme toujours d'actualité et dans le prolongement contre toutes les discriminations.
Le vecteur? Un répertoire de protest-songs afro-américaines.

Les 5 protagonistes expérimentés (ce qui ne veut pas dire proche de la retraite!) se présentent devant nous. Des pointures, croisées de nombreuses fois à travers d'autres projets (on ne citera que ceux en cours sinon il faudrait un article à part!).

Louise Robard : chant (aussi dans le jazzy Cut The Alligator, le souly Bird-Bøx et Swing That Classic, avec un nom qui dit tout)
La brune solaire, au pantalon à fleurs, se place au centre de la scène.

Charlotte Le Calvez : guitare acoustique & voix (aussi dans Acoustic Ladyland qui fait dans les reprises millésimées – Mata Hari – Cheeky Nuts, les biens nommés funky).
Lunettes noires et queue de cheval, pantalon rouge et chemiser à motifs, elle se cache discrètement en fond de scène.

Eva Montfort: contrebasse & voix (aussi dans Hop Hop Hop Crew voyage dans les Balkans - Acoustic Ladyland – le bigarré -non, pas influencé par Jean-Marie!- Kafé Zibraltar).
Cuche sur le haut de la tête et chemisier à fleurs bleues (Eva bien, merci pour elle!), Eva trouver une place au fond pour sa grande contrebasse.

Marc Dupont : batterie (aussi dans le swing de Flying Chevals – le rockn' Magrheb de Bab El West et La Wazo)
Un batteur en front de scène (pas souvent) sur notre droite, jean et lui itou, chemise à petites fleurs bleues.

Jean-Mathias Petri : flûtes, arrangements et direction artistique (éclectisme multiculturel avec Nadja – Octo Twin Trio – Ke Kanta Louis Winsberg)
Le patron, cheveux blancs, lunettes noires et chemise ouverte, bleu pétant, se cale sur notre gauche.  

Mixité de bon aloi, sauf pour la partie vocale réservée aux 3 femmes (Marc et JM prétextent, en apparté, une préservation de la bonne météo). 

Le panier du barnum reste bien garni de convives, venus rock'ntoquer ce midi, et de familles à l'heure du quatre heures ou presque. On va se dorer tranquillement au rythme de la musique funky des 60/70's américaines qui nous met en sueur sous le soleil filtré. Comme le dira Louise plus tard, les paroles sur des thèmes durs, n'empêchent pas de danser. D'ailleurs les auteurs des originaux ne s'en sont pas privés... Gil Scott-Heron en tête, l'écrivain poète et musicien (le parrain du rap),  victime de ségrégation (même par sa propre maison de disques dans les années 80), et dont le répertoire constitue une grande partie de la setlist.

Ouverture par "Watcha see is watcha get" (1971 par The dramatics) hyper dansant justement, un funk mid-tempo légèrement latino (qui pourrait faire penser à du James Brown). Un régal pour les hanches et pas que celles de la flûte de JM.
Louise invite le public à danser et Rémy, à sa 3è pinte près de moi, bouge un bras et ne peut pas plus, il commence déjà à dégouliner sévèrement sur place! Comme souvent, la spontanéité saisit plutôt les enfants...

Suit aussitôt le roulant "Lady day & John Coltrane" (GSH, 1971) qui lâche des rebonds groovy sur la caisse claire pendant que les doigts de Eva sautent à la corde ou plutôt sur ses cordes. La voix, déjà chauffée, de Louise déborde d'enthousiasme et forcément Louise attaque. Puis, discrètement, elle laisse la place à la flûte de JM et aux arcs de Charlotte sur sa guitare, dans une ambiance profondément jazz. Au bout, c'est Marc qui se lance dans un solo d'une grande souplesse sur les peaux. Ça chaloupe autant sur scène qu'aux premiers rangs mais plus loin, ça digère...

"People Make The World Go Round" (The stylistics, 1971), lancinant, installe un rythme doucement syncopé. La moiteur s'empare de nos corps. 
J'entends dans le public 'Le monde ne tourne plus rond et encore moins Mac... ron'. Oh là, surtout pas de politique! Pourtant plus tard, les propos engagés et humanistes de JM déclencheront de francs applaudissements...

Les sanglots, longs, de "Winter in America" (GSH, 1974) favorisent les rebonds longs sur la caisse claire (buzz roll) et les envols de flûte traversière, branchée sur une planche d'effets. Des chœurs réconfortants viennent border la balade triste. De la musique noire, belle comme un hiver blanc.

"The klan" (GSH, 1980) traite du KKK... de la crotte quoi! Le rythme, on ne peut plus, sautillant, nous fait taper du pied pour écraser la matière. Incroyable comment ces artistes sont capables de groover sur des sujets aussi dramatiques. 

"Four women" (Nina Simone, 1966)... y'en a 3 sur scène et elles envoient du bois! On ne peut pas être soulé par la voix soul, si maitrisée de Louise. Et les 2 filles derrière nous régalent d'accompagnements justes et sans fioritures, et avec déhanchements s'il vous plait, ajustés à la rumba lancinante de la Simone. "My skin is black, My arms are long my hair is woolly my back is strong strong enough to take the pain", lourd de sens et léger dans l'interprétation. 

"Endangered species" (1993) clâme Dianne Reeves, on passe au niveau 'Espèce menacée'. Ce titre, hyper percussif, libère cris (trop forte Charlotte), frappes dans les mains et coups portés sur un fût supplémentaire et autres tambourins.

"Home is where the hatred is" (GSH, 1971) transforme, par un triste jeu de mots, l'expression poétique "Home is where the heart is" du 19è siècle. Peu de changements et beaucoup de conséquences... La contrebasse bande ses muscles et monte la mayonnaise en neige. Louise demande au public de se rapprocher pour danser. Le titre tourbillonne, enfonçant le clou à répétition avec une rythmique qui maintient le cap sans faiblir.

On peut lire sur les réseaux, au sujet du répertoire de mémoires rebelles, "Avec, en point d’orgue, une interprétation de l’hymne de Janelle Monáe (2015), en hommage à dix-huit victimes afro-américaines des violences raciales." JM en rajoute une liste, dont certaines références en France qui n'a pas de leçons à donner. Le titre envoie un vrai uppercut et ça fait mal, sur un ton, tout en percussions. Les artistes haranguent le public 'Say his name' dans un moment d'une rare intensité.

Louise réitère son invitation pour une fin de concert chaleureuse "Même si le sujet est hyper grave... ça vous fera du bien à vous aussi". Les spectateurs, collés à leur chaise par la sueur, se lèvent enfin. Jeannine espérait une valse, mais elle accepte, bien volontiers, de frapper dans ses mains en cadence. La flûte se plait à voleter, la baguette insiste sur le bord du cercle et les cordes vocales de Louise partent en volutes dans "The bottle" (GSH, 1974) qui passe un message. Puis on laisse le champ libre à Marc qui ne chante pas mais prolonge le rythme martelé, y compris à la cowbell, pendant la présentation des musiciens. Ils arrivent, au bout du compte et du concert, à entrainer les gens à entonner avec eux "oing oing going, got me one let go" (désolé je parle pas breton!). 

 

Les artistes nous ont fait travailler nos mémoires par un rappel de l'histoire autant que nos corps par des mouvements ondulatoires.
"Un esprit sain dans un corps sain" c'est ce qu'il nous faut pour vivre en harmonie, facilitée par la musique qui adoucit les mœurs.
A bout de souffle, Rémy opine du chef en essayant de hurler le tube des garçons-bouchers "La bière". 
En même temps, tous les chemins mènent au rhum... qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse...

 

SETLIST
01-Watcha see is watcha get (The dramatics)
02-Lady day & John Coltrane (Gil Scott-Heron)
03-People make the world (The Stylistics)
04-Winter in America (Gil Scott-Heron)
05-The klan (Gil Scott-Heron)
06-Four women (Nina Simone)
07-Endangered species (Dianne Reeves)
08-Home is where the hatred is (Gil Scott-Heron)
09-Hell you talmbout (Janelle Monáe)
10-The bottle (Gil Scott-Heron)