HEAVENPHETAMINE au Chaland qui Passe, Binic le dimanche 5 Octobre 2025
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HEAVENPHETAMINE au Chaland qui Passe, Binic le dimanche 5 Octobre 2025
Comme d'hab, j'arrive en avance au Chaland, vers 16h45, pour assurer une place à l'intérieur où même un chien a parfois du mal à se frayer un chemin. Michel m'y rejoint et nous assistons au sound check qui s'éternise. Madame, aux fûts et aux moulins, utilise des oreillettes et, très tatillon, n'arrive pas au réglage souhaité. Le patron, technicien son chez lui, réagit avec calme et placidité, un vrai japonais!
Elle finit par abandonner son matériel auditif et le duo sort se préparer. "10 mns!" précise Arnaud à qui l'on fait remarquer qu'on ne voit pas de setlist. "Ils sont en train de la préparer!".
Hiroki et Sara ont la particularité d'avoir déménagé à Tbilissi, Géorgie, en 2021. Aujourd'hui à Binic, plus exotique, tu meurs! Des japonais, modernes, qui jouent aussi bien avec des mots de baptême comme HEAVENPHETAMINE, et pendant le set, des mots pas ramollos mais jamais des mots no polis et qui intitulent leur tournée 'Not only money'.
L'amphétamine stimule et induit une hypertension ainsi qu'une plus grande confiance en soi et une sociabilité et énergie accrues. Sa déclinaison venant du paradis se prend sans ordonnance ni limitation.
Et ça marche, même les musiciens, un peu fermés au départ, se sont montrés charmants et sensibles....
Passés par Nantes et Crozon, les artistes-touristes continuent un tour d'Europe s'arrêtant en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, Italie, Croatie, Hongrie, Pologne etc plus de 30 dates jusqu'à la fin de l'année!
Ils démarrent dès 2018 avec un 1er EP en 2019, un second en 2021, avant une série de live et finalement l'album 'The Sun On A Winter Day' sorti en début d'année.
Ils se disent influencés par le rock psychédélique des années 60-70, le post punk des années 80 et l'acid house. Bon ok ... nous on perçoit plutôt une espèce de technoprog émotionnel.
A l'heure du retour en scène, je m'équipe alors de mon plus bel anglais, bien poli (d'autant qu'en tant que spécialiste de Taxi, je sais très bien dire 'con nichon a'), pour demander l'autorisation à madame de prendre en photo la setlist au pied de sa pédale charleston. Ce à quoi, elle répond aimablement "Of course". Sur le tout petit carton, je n'arrive pas à lire l'écriture patee de mouche. Normal, en faisant rapidement un zoom, je percute en reconnaissant la symbologie japonaise que je lis couramment évidemment! Mais pour sûr, on absout le duo, leur set diffusant son lot d'hormones à cales positives.
Chemise, écharpe, veste et jean, le filiforme Hiroki craint le froid. Sa compatriote Sara, plus optimiste, revêt, un haut vaporeux et semi-transparent, à fleurs. En bas, c'est pantalon noir et chaussettes blanches pour appuyer sur les pédales. Pas de jupons chez les nippons!
Monsieur dispose d'un synthé Nord Lead A1 avec loop station et 2 boites à effets. Madame tape sur une batterie Sonor avec grosse caisse, caisse claire, tom basse et médium, charleston et cymbales ride et crash.
Hiroki monte une première gamme de notes envoûtantes, Sara cale un motif économe et basique, aux embouts feutrés, pendant les premières secondes, voilà "Inochi" (rien à voir avec les pâtes !). Lui, déroule une nouvelle nappe au clavier et se met à psalmodier puis chanter d'une belle voix claire, en écartant les bras, en pleine conscience. Elle, nourrit un peu plus la rythmique métronomique et Hiroki ajoute une nouvelle ligne de synthé. Lui, agit parfois sur un ergot qui donne un léger écho au son. A ses pieds, l'un des effets produit un écho éclatant. Elle, place des chœurs élevés puis carrément une ligne vocale éthérée, en parallèle de la masculine. Au final, Sara mollit pas, elle tambourine militairement alors que son compère part dans un solo avant de finir accroupi sur sa pédale d'effets. Interloqués, on n'a pas vu passer la dizaine de minutes. Majestueux et magique!
Devant le bar ça danse et comme l'avait dit malicieusement Michel à une époque 'Hortense entre en transes:', J'adore!
A ma gauche, Yvette (une bonne tête à pas la faire) me demande si je connais les musiciens...
Une petite respiration interlude, en forme de mélodie légère aux claviers, arrosée de quelques cymbales avant d'enchainer sur "Karappo". Pendant que le claviériste monte ses pistes à la loop station, la batteuse fait ses étirements. Elle intervient ensuite avec une précision chirurgicale et une cadence métronomique, la plupart du temps les yeux clôts. Le balancement synthétique sur 2 notes construit un groove imparable qui t'entraine à chalouper. Le gars multiplie les couches, il nous précisera après le set pouvoir aller jusqu'à 6 en parallèle. Compte-tenu de cette construction progressive, le morceau s'allonge, agissant d'une façon hypnotique qui favorise l'accoutumance. Plus c'est long plus c'est bon! Bien loin d'être une pompe aux vocaux, Hiroki module brillamment avec des expulsions puissantes et de bonnes grimpettes dans les aigus. Il continue en dansant et il décroche le micro de son pied, sa partenaire, à la limite de le prendre (son pied pas le micro) s'agite alors un peu plus en roulements et frappes sur les bords de caisse.
6 notes + 2 lancent "KYOEN" sur la bonne voix, celle de Sara en lead (et en lady plutôt qu'enlaidie), au début, et Hiroki en bordure. Puis une pluie de notes danse sur le clavier. Le rythme binaire, avec une cowbell en cerise sur l'ARIGATO, enfonce profondément le clou. Plus loin, le duo chante ensemble puis se partage les lignes. Les musiciens vivent intensément leur musique et on ressent leur envie forte de la partager.
Hiroki se fend d'une longue tirade anti-guerre 'Ukraine, Palestine and wherever...' qui se termine par le passage d'une boite en carton pour récolter des fonds à destination de l'Ukraine.
Une note, dissonante et répétée ad libitum, semble prévenir d'un prochain désastre. Une 2è ligne, plus aigüe, renforce nos craintes. 'Next song is called "IROHANIHOHETO"'. Amen! Un crash sur la batterie confirme l'explosion. Le gars se met à chanter, la nana tape puissamment. Le morceau avance dans une ambiance dramatique. Alors que le type s'acharne sur son instrument, sa compatriote sophistique son jeu par du rebond. Il prend ensuite le micro entre les mains comme en prière et se met presque à râper, en libérant son expression corporelle. La voix de Sara vient à la relance pour un final étourdissant avec un synthé aux poussées plaintives.
L'entame suivante se fait sur un bruit d'alarme au clavier, en 4 notes répétées, et conclues par les cymbales. A ce moment, l'homme se lance dans un laïus assez long pour présenter le morceau 'Next song is called "Maji"' en faisant référence à la danse et en nous demandant de nous trémousser "like this lady" qui, effectivement excelle dans cet exercice devant le bar. "To danse is our weapon". "Love you guys", trop mignons ces japonais! Le gars a lâché l'écharpe, la veste va tomber bientôt.
Une longue enquête nous a donné du fil à retordre pour aboutir à garantir ce titre, absent des plateformes ( まじ // maji traduction : Sérieux ? Sans dec’ ? Vous pouvez vérifier... les 2 caractères symboliques figurent bien sur l'avant dernière ligne de la setlist!).
Le chien d'Arnaud habitué à la musique, reste calme et serein mais un second clebs, beaucoup plus perturbé, fait son apparition et tourne dangereusement autour du kit de batterie et du clavier. Pour un peu, le toutou s'emparait du micro pour imiter la voix de son maitre. Mais on préfère les chiens vifs aux chats lents! Michel, reconverti en maitre-chien, le retient sur le canap et sa propriétaire (du chien pas du canap!), reconnaissante, s'agenouille pour graver l'événement dans son portable.
L'ultime ritournelle au clavier sur "TAMASHII" agit comme un générique de fin, nous laissant sur notre faim. Les pistes s'empilent, soufflant quelques bulles synthétiques qui enivrent de plaisir. La batterie, tout en retenue avec quelques buzzrolls (rebonds multiples en écrasement) bien sentis, n'entrave pas le chant expressif, bientôt caressé par des chœurs angéliques. Sublime et tellement touchant!
On redescend lentement de notre nuage, sans rappel habituel. Pantois, on n'ose s'éclipser sous le soleil blafard, pas encore hivernal. On reste un peu hagards, féliciter Madame et questionner Monsieur... l'heaven, dans les veines. Par chance ce soir, le bonheur a quitté le pré pour le port, tout près!
SETLIST
1-Inochi
2-KARAPPO
3-KYOEN
4-IROHANIHOHETO
5-Maji
6-TAMASHII

