QUINQUIS - LP EOR 2025
Album Review
QUINQUIS - LP EOR 2025
Quinquis, l'artiste, n'atteint pas encore le quinqua et même si l'on entend des sons parfois bizarres dans ses enregistrements, il n'y a aucune quincaille. Emilie Tiersen , la fille de Ouessant (et la femme de... Yann), mélange, dans une musique avant-gardiste, electro, ambient, saupoudrée de quelques touches world (elle n'hésite pas à faire appel à des invités celtiques et pas que *) avec un chant majoritairement en breton.
Alors qu'elle n'est ni insolente ni insulaire (Rennes puis Brest), elle se baptise Tiny Feet pour 2 albums en 2014 et 2016. Elle se met à quinquiser ensuite et sort le LP 'SEIM' (le vent?) en Mai 2022, déjà la quintessence de Quinquis en une grosse demi-heure, complétée par 'AER' en Septembre de la même année (avec un cover méconnaissable : "Take My Breath Away" de Berlin).
On permute les lettres et on en remplace une, 'EOR' (rien en commun avec 'AOR' in english) signifie 'Ancre' et pourquoi Emilie?
« C’est pendant le voyage à la voile que nous avons fait l’été 2023 depuis Ouessant jusqu’aux îles Féroé que j’ai pris conscience que mon ancrage était à l’intérieur de moi ».
Le magnifique artwork (une collaboration de Yoann Buffeteau - Yes Basketball- avec le designer 3D, Sam Wiehl), ça m'impressionne, comment l'interpréter (faut-il?)? Un personnage de profil, aux reflets basalte laqué noir, penche sa tête rasée et lève le bras gauche à mi-hauteur (mais pas pour un yec'hed mad). Un cercle, constitué de corps en mouvements souples, entoure sa tête, bordée d'une onde en forme éliptique, dessinée par des flèches.
Question rondelle, ça commence par quelques bruits électros, interrompus par la voix atmosphérique d'Emilie, tel un souffle cosmique. La mélodie synthétique déroule tranquillement avec des simulations de chorales jusqu'à une boucle hypnotique au synthé. Puis la voix de Desire prend le chant à son compte, par delà des percussions réverbérantes et le retour de la boucle séquencée. "Inkanuko" parle en zulu et les 2 voix se mêlent alors délicatement avant la 3è vague synthétique.
Accueillis par des mouettes, les premiers mots de "The Tumbling Point" arrivent en retenue, au bout des cordes vocales, et soulignés par une fine ligne aérienne, séquencée ensuite à la machine électronique. Puis les percussions enflent et se transforment en arcs, plus vivaces, et finalement en vaguelettes ondulées.
On atteint la plage suivante. Sur un filet fantomatique au synthé, la voix, à bout de souffle d'abord, prend de l'assurance. La galloise Cerys Hafana vient glisser son chant et sa harpe envoutante. Les notes au clavier s'égrènent lentement telle une boite musicale avant d'être bordés de percussions électros et "Blaz an Holen" gagne en volupté sans perdre en légèreté.
On entre dans "Distro", aspirés par une spirale. Le doux chant se pose délicatement, comme fissuré par des pointillés électroniques. Quelques timides percussions minent la composition qui évolue en bulles gazeuses.
Traversé par des explosions, le début, en éruption volcanique, de "Dec'h" reste ensuite contenu à l'intérieur d'une boucle, variant ses apparitions et sa puissance. La variété des nappes de synthé agit tel des nuées. Perturbée par des sons de mauvais contacts électriques en percussions irégulières, la voix devient phrases, robotiquement cadencées, avant de faiblir et s'éteindre brutalement en bord de falaise.
Enveloppé d'une brume de synthés, Quinquis murmure avec fragilité. Des esquisses électros essaiment puis le chant devient plus joyeux flirtant même avec l'ombre de Mylène Farmer. Les vibrations synthétiques de "Morwreg" viennent remettre de l'ordre en quelques tourbillons puis, laissent la place à la mélopée introductive qui se met à bouillir.
Une fois n'est pas coutume, voici un arpège de guitare, délicatement gratté, qui amène "Peñseidi", cordes vite remplacées par des volutes et effervescences électros sinusoïdales. Le chant, voilé, a du mal à s'en extraire et se laisse porter. Au final, des bruits de respiration, à la bouteille, se mettent à accompagner la plongée tournoyante.
"Aet On" s'élève, en écho de prière, sur des vibrations évaporantes, survolées ensuite par une chorale multipliant les couches. La plage, sans rythme et parcourue de bruits divers, enfile alors le chant à l'envers rendant l'ambiance spectrale.
Quelque-part où, par exemple, les expérimentations de la musicienne américaine Laurie Anderson pouvaient se ressentir en tension dans un contexte urbain, Quinquis libère sa musique dans l'espace naturel.
L'écoute de ce bel album, ancré à la mer et la terre, favorise la pleine conscience d'appartenir au monde qui nous entoure.
Battements de cœur, respiration, ondulations ou frissons, toute marque de vitalité devient parfaitement perceptible et réelle en débouchant sur la relaxation.
Après avoir labouré avec les vieilles charrues, Emilie ira nous faire méditer à Paimpol aux chants de marin le 9 Aout (à 1H00).
Tracklist
01 - Inkanuko (feat. Desire Marea)
02 - The Tumbling Point
03 - Blaz an Holen (feat. Cerys Hafana)
04 - Distro
05 - Dec'h
06 - Morwreg
07 - Peñseidi
08 - Aet On
Produit et mixé par Gareth Jones (Depeche Mode, Liars, Einstürzende Neubauten, Apparat) à Londres
Mastérisé par Alex Wharton à Abbey Road
(*) Ólavur Jákupsson (îles Féroé)
Emily Chappell (Glasgow, Ecosse)
Cerys Hafana (Pays de Galles)
Desire Marea (Afrique du Sud)
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